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Entrevue avec Olivier Bernard, le Pharmachien

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*Par Kharoll-Ann Souffrant*

Crédits photo : http://lepharmachien.com/

Connaissez-vous le Pharmachien? Vous l’avez sûrement vu sur plusieurs tribunes médiatiques au cours des derniers mois. Il a également lancé récemment son premier livre qui vise à différencier le vrai du faux en matière de santé, avec humour et légèreté. Olivier Bernard (de son vrai nom) a accepté d’accorder une entrevue à Femmes en revue concernant les habitudes des femmes en matière de grossesse, basé sur un récent sondage publié sur cette question. Ses réponses sont surprenantes et très enrichissantes. Beaucoup de femmes sous-estiment la place que peut jouer leur pharmacien en matière de planification de grossesse.

1. Olivier Bernard, on vous voit de plus en plus dans les médias et sur le web. On vous a vu notamment à V Télé, Radio-Canada et dans plusieurs médias écrits également. Comment est né le projet « Le Pharmachien »? 

Le site web Le Pharmachien est né de mon désir d’en faire plus comme pharmacien! Passer du temps avec les gens et donner des conseils personnalisés à la pharmacie, c’est la partie que j’aime le plus de mon travail. Mais en même temps, je voulais être plus efficace et diffuser des messages à grande échelle en lien avec la santé. Dans le fond, je voulais parler de sujets qui m’intéressent et de les aborder d’une manière non conventionnelle afin d’interpeller les gens.

2. Les Québécoises sont-elles assez connaisseuses en matière de prénatalité?

Je suis constamment épatée par les connaissances des femmes en matière de grossesse! Elles s’informent et s’y connaissent beaucoup en général. Évidemment, certaines connaissances sont mieux ancrées que d’autres, par exemple l’importance de ne pas consommer d’alcool et/ou certains médicaments durant la grossesse. D’autres aspects sont cependant moins bien connus. Par exemple, dans le sondage de Materna, on voit que la majorité des femmes savent qu’elles doivent prendre une multivitamine avec acide folique durant la grossesse, mais plus de 80 % d’entre elles ignorent qu’elles devraient commencer cette dernière avant même que la conception ait eu lieu. On a donc encore du travail à faire!

Enfin, ce n’est pas parce qu’on s’y connaît… qu’on applique forcément ce qu’on a appris! Il y a toujours de la sensibilisation à faire pour tous les sujets reliés à la santé, même les plus « connus » en apparence.

3. Quels sont les impacts d’un manque de connaissances en prénatalité?

Les impacts peuvent être majeurs sur la santé de l’enfant à naître. Par exemple, les premières semaines à la suite de la conception sont critiques dans le développement de l’enfant. C’est durant cette période, entre autres, que peuvent se produire certaines malformations, dont celles du tube neural, qui sont la cause principale de décès chez les nouveau-nés.

Durant la grossesse, on tente de réduire au maximum les différents risques qui menacent l’enfant. C’est un bon moment de sa vie pour être aussi prudent que possible! Quand les femmes me demandent si elles peuvent, alors qu’elles sont enceintes, manger quand même des sushis à l’occasion, boire un peu de vin, passer des soirées parmi des fumeurs et laisser tomber la prise d’un supplément vitaminique, je leur réponds : « Oui… mais le risque en vaut-il vraiment la peine? ».

4. Où se situent les Québécoises par rapport aux autres Canadiennes en matière de planification de grossesse? Pourquoi cette variation? 

8 femmes sur 10 planifient leur première grossesse au Québec, comparativement à 6 femmes sur 10 dans le reste du Canada. J’ignore quelles sont les raisons de cet écart, mais je crois que c’est le reflet des différences culturelles que l’on connaît déjà! Il faut voir cela comme une occasion de sensibiliser les femmes à faire les bons choix en matière de santé dès le départ.

5.  Vous expliquez notamment que la plupart des Québécoises sont surprises lorsqu’elles découvrent leur grossesse, que celle-ci ait été planifiée ou non. Pourquoi, selon vous?

Je ne crois pas qu’elles sont surprises par le fait d’être enceinte en tant que tel, mais plutôt par le moment de la découverte! La grande majorité des Québécoises planifient leur grossesse, mais selon le sondage de Materna, le tiers se disent quand même surprises quand elles obtiennent un test positif. La raison pour cela, à mon avis, est que les femmes réalisent bien après la conception qu’elles sont enceintes. Il n’est pas rare qu’une femme apprenne qu’elle est déjà enceinte depuis plusieurs semaines. Même au plus tôt, on parle de 3 à 4 semaines, lorsque les menstruations ne se présentent pas.

6.      Quel est le rôle que peuvent jouer les pharmaciens dans la planification de la grossesse?

Peu de femmes consultent les pharmaciens et pharmaciennes alors qu’elles planifient leur grossesse (seulement 6 % selon le sondage). Pourtant, nous sommes parmi les professionnels de la santé les plus facilement accessibles. Une pharmacie est l’un des rares endroits où on peut se présenter et/ou appeler, poser toutes les questions que l’on veut, obtenir des réponses de qualité… puis quitter sans même être client et sans aucune obligation! Il faut en profiter.

Nous sommes très bien formés pour conseiller les femmes qui planifient leur grossesse, entre autres au niveau de l’alimentation, de la prise d’un supplément vitaminique et des habitudes de vie. Personnellement, c’est même l’un de mes sujets préférés!

7. Vous insistez sur le fait que les femmes devraient consommer certains nutriments AVANT même la conception. Quels sont-ils et quels sont leurs effets?

C’est durant les 3 à 4 premières semaines de grossesse que les malformations les plus graves peuvent se produire chez l’enfant. Or, durant cette période, les femmes ignorent généralement qu’elles sont enceintes! La solution est donc simple : il faut intervenir dès qu’on songe à une grossesse à venir.

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada recommande aux femmes de commencer la prise d’une multivitamine avec acide folique pendant au moins 2 à 3 mois avant la conception, et ce, dans le but de diminuer grandement le risque des malformations du tube neural.

L’acide folique se retrouve également dans l’alimentation, mais moins de 1 % des femmes obtiennent l’apport recommandé par le biais des aliments. Il faut donc combiner alimentation saine et prise d’un supplément.

8. Quels sont les conseils finaux que vous donneriez pour les couples qui planifient avoir un enfant?

Premièrement, si ce n’est déjà fait, identifiez un médecin qui pourra assurer le suivi durant la grossesse! On sait que l’accès est difficile, alors raison de plus pour s’y prendre tôt.

Deuxièmement, allez chercher le maximum d’information sur l’alimentation et les habitudes de vie dès que vous songez à une grossesse à venir. De cette façon, on pourra intervenir plus tôt.

Et enfin, si je peux me permettre de prêcher pour ma paroisse un instant… consultez votre pharmacien (ne)! Nous adorons donner des conseils sur la grossesse et l’allaitement. C’est un sujet passionnant!

La rédaction
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